Huit mois de prison et 5 000 euros d’amende, c’est ce que risque Kiki Lamers, peintre néerlandaise de renommée internationale, pour avoir photographié ses enfants nus
Qu’elle s’estime heureuse elle aurait pu prendre perpete, erf…
Huit mois de prison et 5 000 euros d’amende, c’est ce que risque Kiki Lamers, peintre néerlandaise de renommée internationale, pour avoir photographié ses enfants nus. Au vu de cette «matière première» à partir de quoi l’artiste peint, le tribunal de grande instance de Cusset (Allier) a jugé, le 12 août 2004, qu’il y avait «corruption de mineurs de moins de 15 ans». Cet après-midi, la cour d’appel de Riom (Puy-de-Dôme) juge du «caractère normal ou anormal de ces photos».
Les problèmes de Kiki Lamers commencent en juin 2000. Son conjoint se rend chez un photographe proche du château que le couple vient d’acheter en Auvergne pour récupérer six films diapos ; il est interpellé et placé en garde à vue. Kiki Lamers doit alors se justifier devant les forces de l’ordre de clichés que le boutiquier a estimés «anormaux» au point d’alerter les gendarmes.
«Obscènes». L’ordinateur de son compagnon est saisi, puis restitué. Six mois de silence plus tard, la gendarmerie revient saisir la machine, dont une expertise poussée aurait révélé certains fichiers effacés ayant comporté «des images ouvertement pédophiles et pornographiques». Le couple est mis en examen en 2002. Deux ans plus tard, le tribunal condamne Kiki Lamers, retournée vivre aux Pays-Bas, au motif que les enfants nus qu’elle a photographiés sur ses six pellicules sont dans des positions «provoquées, suggestives, lascives ou obscènes»; son mari, dont Lamers vit aujourd’hui séparée, est jugé coupable de complicité de corruption de mineurs et de recel de photos pornographiques de mineurs. Les juges qualifient le procédé de l’artiste d’«expérimentations relevant plus d’un dysfonctionnement interne que d’une esthétique sublimée».
En appel, François Maury, substitut général, est moins formel : il rejette la qualification «pornographique et obscène» pour ne retenir qu’un «trouble» à la vue des travaux de Lamers. L’emprisonnement, encore requis, est assorti de sursis.
Peintures. «J’ai toujours choisi les sujets de mes peintures dans les choses qui me tiennent à coeur, dit Kiki Lamers. Quand j’ai eu la trentaine, je me suis trouvée entourée d’enfants, inspirée par leur beauté, la franchise de leurs émotions, leur joie d’être photographiés.» Ses peintures à partir de photos d’enfants nus ont fait l’objet d’une exposition à Amsterdam et d’un livre, Tender Age, paru en 2002 chez Artimo. «Jusque-là, mon travail n’avait jamais été associé à de la pornographie, et ce fut donc un choc que mes photos de mes propres enfants puissent être perçues comme telles.»
«Kiki Lamers a fait tirer 8 000 photos de ce type en Hollande sans être inquiétée, rappelle Me Jacoba De Jongh-Dunand, son avocate. Il n’y pas de victimes. La jurisprudence est constante : il faut qu’il y ait acte positif pour qu’il y ait corruption. Que l’enfant soit touché, qu’on lui demande de se toucher, ce qui n’est pas le cas ici. Ces photos ne sont pas sexuées.»
Dans une lettre au président de la cour d’appel de Riom, le critique Damien Sausset, revenant sur les photos d’enfants nus signés de noms prestigieux Sally Mann, Jock Sturges, Nan Goldin… , stigmatise «l’hystérie ambiante sur ces questions, conduisant de plus en plus à des raccourcis dangereux». Dans le Monde du 29 janvier, le philosophe Ruwen Ogien craint «un précédent dangereux». Kiki Lamers, elle, prépare une exposition pour la galerie Annet Gelink d’Amsterdam et son travail sera montré à la prochaine foire d’art de Madrid, tout comme à l’Armory Show de New York. «Je ne sais ce que les juges vont décider. Nous avons eu l’impression d’être compris.» Mais elle reconnaît que, depuis le début de l’affaire, elle ne s’est «jamais sentie libre comme avant».
Source : Annik FAUROT – Liberation










