Un grand projet de pôle scientifique pour l’ile Seguin

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«Il faut rapidement créer en Ile-de-France un grand pôle de recherche fondamentale et industrielle ayant une masse critique suffisante pour peser dans la compétition internationale et pour dynamiser l’investissement privé, la croissance et l’emploi, actuellement en panne dans notre pays.»

Nouvellement réélu à la présidence de l’association France Biotech, qui regroupe 200 entreprises de biotechnologies, Philippe Pouletty voit grand. A la tête du Conseil stratégique de l’innovation (CSI), un think tank auquel participent une trentaine de personnalités du monde scientifique, médical ou économique (1), cet ancien chercheur à l’université de Stanford (Californie) met actuellement la dernière main à un projet ambitieux: l’Institut européen de technologie (IET), focalisé sur la santé et les matériaux, qu’il voit figurer «parmi les six ou sept premiers centres de recherche mondiaux d’ici à 2010». Soit rien de moins que l’équivalent français du Massachusetts Institute of Technology (MIT) de Boston ou la prestigieuse université d’Oxford en Grande-Bretagne.

L’idée consiste à concentrer sur un site «attractif» 2 000 à 3 000 chercheurs de très haut niveau, venant pour un tiers de l’étranger, et d’inciter les PME innovantes et les grands groupes industriels à les rejoindre. Le tout en accueillant plusieurs milliers d’étudiants au sein d’une école doctorale pluridisciplinaire.

«Il faut créer un continuum entre recherche fondamentale, recherche appliquée et développement de nouveaux produits à haute valeur ajoutée, souligne Philippe Pouletty. Le fait de regrouper en un même lieu des scientifiques, des dirigeants de PME ou des cadres de grands groupes industriels a un puissant effet de levier. L’expérience prouve qu’Internet ne suffit pas. Pour initier des collaborations qui débouchent sur des projets innovants, rien ne vaut le contact direct: c’est plus facile de se parler quand il n’y a qu’une rue à traverser ou lorsque l’on peut se voir à la machine à café…»

En régime de croisière, l’IET, qui aurait un statut de fondation d’utilité publique, disposerait, selon les prévisions du CSI, d’un budget de fonctionnement d’environ 800 millions d’euros par an, provenant à la fois du public et du privé. L’Agence nationale de la recherche (ANR) et l’Agence pour le développement industriel (AII), récemment créées par le gouvernement pour, d’une part, financer les meilleurs projets scientifiques sélectionnés sur appels d’offres et, d’autre part, inciter les grands groupes à investir massivement dans des programmes de R&D, seraient mises à contribution. Sans oublier les grands organismes scientifiques (CNRS, Inserm), les universités et Oseo-Anvar, principal «guichet» des PME en matière de soutien à l’innovation.

Pour attirer les meilleurs cerveaux, Philippe Pouletty a trouvé une astuce: «Un chercheur qui obtient un crédit de l’ANR pour mener un projet scientifique d’une durée de trois à cinq ans se verrait proposer le double s’il accepte de venir s’installer à l’Institut.» En année pleine: l’ANR contribuerait environ au quart du budget de l’IET. Ce qui nécessite un engagement fort du gouvernement, dont dépend la réussite du projet.

L’organisme de tutelle de l’heureux élu recevrait, en plus, l’équivalent de la moitié de la dotation, manière de «ne pas habiller Pierre en déshabillant Paul». Certains y verront aussi un moyen habile de vaincre les résistances, toujours fortes dès qu’il s’agit de faire «bouger» le système… Mais, pour Philippe Pouletty, l’initiative du CSI est avant tout un «signal puissant» adressé à la communauté scientifique, et notamment aux expatriés: «On n’incitera pas un très bon chercheur installé depuis des années aux Etats-Unis à revenir travailler en France si l’on n’est pas décidé à y mettre les moyens.»

Côté aménagement, le CSI prévoit la construction de 50 000 à 80 000 mètres carrés de «superbes» laboratoires, de plates-formes technologiques et de locaux industriels, soit un investissement d’environ 150 millions d’euros qui serait financé par la Caisse des dépôts et consignations, moyennant le paiement d’un loyer sur trente ans, avec le concours éventuel des collectivités territoriales et d’investisseurs privés. Quatre sites sont d’ores et déjà pressentis: l’ancienne base militaire de Satory (Yvelines), le plateau de Saclay (Essonne), le campus de Champs-sur-Marne (Val-de-Marne) et surtout l’île Seguin (Hauts-de-Seine) depuis le retrait de François Pinault. «Ce site a l’avantage d’être facilement accessible, d’offrir un cadre agréable –une donnée à ne pas négliger si l’on veut attirer les meilleurs– et de disposer d’une réserve foncière suffisante pour accueillir, dans un second temps, les entreprises candidates», note Philippe Pouletty. Autre aspect à prendre en compte: l’Inserm et l’Institut du cancer ont déjà prévu d’y installer siège et laboratoires.

Le CSI remettra à la mi-juin un business plan détaillé (financement de la construction, budget de fonctionnement, membres fondateurs, conseil scientifique…) et envisage de poser la première pierre dans un an. «A condition que le gouvernement décide de se mobiliser et d’en faire un axe majeur de sa politique», confie Philippe Pouletty.

(1)On trouve notamment Christian Bréchot, directeur général de l’Inserm, Jean-Pierre Changeux, professeur au Collège de France, Jean-Pierre Denis, PDG d’Oseo-Anvar, Christian Devaux, directeur des sciences de la vie au CNRS, Christian Pierret, ancien ministre de l’Industrie, ou encore Benoît Habert, PDG de Dassault Développement.

Source : Lefigaro.fr

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