A la suite des propos de notre Président de la République en faveur d’une utilisation de l’arme atomique contre les pays terroristes en cas d’attaque, voici un article paru dans le Monde que j’ai trouvé intéressant et qui, à mon avis, fait bien le tour de la question.
En plus d’apporter un regard critique sur la situation, M. Rocard s’appuie sur des faits historiques qu’il serait bon de ne pas oublier. Cet article est paru dans l’édition du 27.01.2006.
« Vous avez prononcé le 19 janvier, à l’île Longue, un discours important. Vous avez ressenti la nécessité, à juste titre me semble-t-il, de rappeler à notre pays les principes fondamentaux qui encadrent et orientent la politique de défense de ses intérêts vitaux. Mais s’il est essentiel que ces intérêts vitaux soient défendus, et que la manière de les défendre soit connue des Français, donc présentée par le chef de l’Etat comme vous venez de le faire, pour être soumise à leur contrôle démocratique, il serait non moins essentiel que les choix majeurs faits à cet égard soient indiscutables.
Or c’est loin d’être le cas. Le principe même de la dissuasion nucléaire entre les mains de la France, s’il a joué un rôle essentiel pendant la guerre froide, pose question depuis qu’elle a pris fin et depuis qu’il n’y a plus personne à dissuader. C’est une controverse vieille d’une quinzaine d’années. Vous venez, la semaine dernière, Monsieur le président de la République, d’ouvrir, au-delà de celui-là, un deuxième débat en annonçant, de la façon la plus explicite jamais employée par un chef d’exécutif de puissance nucléaire reconnue que notre dissuasion nucléaire doit aussi s’adresser aux Etats terroristes. Cette novation est parfaitement dangereuse.
Bien qu’il s’agisse de problèmes largement communs, je crois nécessaire de préserver la distinction entre les deux. Si elle a été surabondamment discutée à l’extérieur de nos frontières, la dissuasion française avait fini par rallier au sein de l’opinion française une large majorité pendant la période de la guerre froide. De fait, après l’adoption de la doctrine de la riposte flexible en remplacement de celle des représailles massives par le président John F. Kennedy en 1962, le message des Etats-Unis et de l’OTAN au commandement soviétique était devenu : tant que vous n’utiliserez pas l’arme nucléaire, nous ne le ferons pas non plus. Cela ouvrait à l’Union soviétique un champ considérable de manoeuvres, pressions et mouvements possibles avec ses seules forces conventionnelles, jusqu’à l’invasion éventuelle de l’Europe de l’Ouest. Naturellement, dans ce dernier cas, l’Alliance aurait joué et les Américains seraient venus mettre fin à cette occupation. Mais offensive et contre-offensive pouvaient coûter quelques millions de morts.
La décision du général de Gaulle, prise en 1966, de retirer les forces françaises de l’Organisation de l’Alliance (OTAN) en temps de paix permit de reconquérir par là l’autonomie complète de la décision française. Tout mouvement intempestif de l’armée soviétique était de ce fait créateur d’un risque instantané non calculable, mais énorme. MM. Kissinger et McNamara, deux éminentes autorités américaines en la matière, ont chacun de son côté donné acte de cette analyse, qu’ils partageaient : le facteur d’incertitude créé par la France a joué un rôle déterminant dans le maintien de la paix. C’est sur ce raisonnement très précis que la France a connu chez elle pendant près de trente ans un consensus national profond au sujet de la manière de défendre ses intérêts vitaux. La fin de la guerre froide, la disparition de l’Union soviétique et celle du pacte de Varsovie changèrent totalement la nature du problème.
A la dissolution du pacte de Varsovie, l’Occident répond par l’élargissement de l’OTAN à un certain nombre de Républiques d’Europe centrale anciennement membres de ce pacte. Tout le monde approuve, personne ne discute. Au lieu d’ouvrir à la toute jeune Fédération de Russie la perspective d’un partenariat et d’une alliance ou d’une garantie stratégique pour lui permettre de consolider sa démocratie et reprendre son développement en paix, nous lui confirmons notre permanente méfiance. Nous commençons à en engranger les résultats. La Russie réveille son armement nucléaire et redevient autoritaire et agressive.
Nous avons suivi sans rien dire cette faute américaine qui consista à élargir l’OTAN alors qu’il eût fallu la dissoudre. Pourtant, malgré ce que le vieux George Kennan qualifiait de « la plus grande erreur diplomatique de l’Occident depuis un demi-siècle », la communauté internationale a donné pendant quelques années l’impression de s’engager dans la voie d’un désarmement mutuellement contrôlé.
La séquence vaut d’être rappelée : il faut mesurer les chances que nous avons gâchées. Le 22 juillet 1987, Mikhaïl Gorbatchev retire d’Europe toutes les fusées nucléaires soviétiques à portée comprise entre 500 et 5 000 km. 10 décembre 1987 : signature du traité de renonciation aux forces nucléaires intermédiaires. 31 juillet 1991 : signature du premier traité soviéto-américain de réduction des armements stratégiques Start I. Courant 1992 : la France devient membre à part entière du traité de non-prolifération nucléaire (TNP), rejoignant ainsi ses quatre collègues nucléaires reconnus (Etats-Unis, Russie, Royaume-Uni, Chine). 3 janvier 1993 : signature de Start II. Eté 1996 : signature par le monde entier, sauf l’Inde, et mise à la ratification du traité d’arrêt complet des essais nucléaires CTBT (Comprehensive Test Ban Treaty).
A l’échelle historique, cette séquence est inouïe. En six mille ans d’histoire et dix mille guerres, on n’avait jamais vu les plus grands combattants du monde partager l’idée que ça suffisait, et commencer à organiser le dépôt des armes. Naturellement, ce n’était pas fini. L’ampleur de l’affaire était telle qu’il aurait fallu suivre cette perspective et tenir ce rythme pendant deux décennies. La perception commune, en tout cas, est que, la guerre froide terminée, s’il demeure des intérêts économiques ou territoriaux conflictuels, aucune nation n’exerce désormais de menace existentielle sur aucune autre. Aucun stratège nulle part n’invente plus de scénario de crise pour le traitement de laquelle l’emploi de l’arme nucléaire soit pertinent. Il n’y a plus personne à dissuader, et nos sous-marins en patrouille n’emportent plus de fusées ciblées ; ils font donc des patrouilles d’entraînement.
Pouvez-vous, au demeurant, Monsieur le président de la République, donner aux Français l’assurance que vous n’avez pas fait recibler nos armes, ou alors contre qui ? L’importance en tout cas du mouvement commencé pendant la première moitié de la décennie 1990 tenait à ce qu’il donnait une grande légitimité au très nécessaire combat de la communauté internationale contre la prolifération.
L’étape suivante aurait exigé que les puissances nucléaires reconnues se joignent au mouvement. Pour la Russie, dans sa période de refondation démocratique et au vu de son énorme besoin d’aide occidentale, c’était imaginable. Il y eût fallu une initiative franco-britannique. En compagnie de David Martin, député européen britannique, je vous l’avais soumise. Vous l’avez rejetée. La « fenêtre d’opportunité » a été manquée. Cela prolifère maintenant de partout. Bien sûr, vous n’êtes pas seul responsable, mais la France était seule sur ce sujet à pouvoir prendre l’initiative décisive. Vous avez même aggravé la situation en ordonnant une nouvelle campagne d’essais. Vous l’avez d’ailleurs arrêtée avant la fin (six essais au lieu de huit). Etait-ce devant la pression internationale ? En tout cas, vous fûtes sage de le faire, de faire fermer et désaffecter le site et de rejoindre la diplomatie internationale pour terminer sur la base de l’option zéro la rédaction du traité d’arrêt complet des essais nucléaires CTBT. Sur la base de ces derniers choix, certains ont cru la France, à travers vous, ralliée à l’option du désarmement nucléaire, donc décidée à exécuter l’engagement de l’article 6 du traité de non-prolifération nucléaire, qui lui incombe comme signataire, et qui prévoit le désarmement nucléaire progressif comme élément constitutif d’un désarmement général simultané et contrôlé.
La communauté internationale et ses experts s’accordent en effet aujourd’hui à souligner qu’il n’y a aucune comparaison possible entre le danger imminent qui est celui de la prolifération — pour lequel les grandes puissances soucieuses d’interdire le nucléaire des autres ne seront légitimes à le faire qu’après avoir abandonné leur propre nucléaire — et le traitement d’hypothétiques conflits à venir dans un futur lointain. Comme il n’y a plus de contestation vitale des modes d’organisation sociale, ni non plus de contestations territoriales majeures, de tels conflits futurs ne seront qu’à dominante commerciale, même avec la Russie, la Chine ou l’Inde. Il est d’autres manières de les traiter, et surtout de les prévenir.
Dans cette situation d’incertitude générale où la légitimité de notre force nationale de dissuasion nucléaire est bien mal fondée, vous avez senti le besoin de la confirmer. On peut comprendre, puisque l’Amérique a changé, réarme, miniaturise et viole allégrement le TNP, après avoir refusé de ratifier le CTBT, que la Russie, non contente de n’avoir jamais ratifié START II ni le CTBT, réveille son armement, et que la Chine, observatrice placide, en tire les conséquences en intensifiant elle aussi son armement nucléaire. Vous sentant sans doute délié de la responsabilité d’utiliser la fenêtre d’opportunité du désarmement, ce qui logiquement au nom de son histoire incombait à la France, vous suivez le mouvement inverse et participez à la dangereuse course à la revitalisation de l’armement nucléaire. Vous vous en seriez tenu à cela que vous n’auriez rencontré que des objections nostalgiques, comme la mienne ici, et en tout cas peu nombreuses, en France où l’opinion n’est guère consciente en matière de contrôle des armements, même si la cause est terriblement grave.
Mais votre enthousiasme nucléaire vous a poussé à donner à nos forces utilisant cette arme une mission nouvelle : dissuader les Etats terroristes. Je passe sur le fait que les vrais terroristes ont dû sourire, eux qui ne demandent jamais la permission aux Etats où ils séjournent de conduire leurs activités criminelles : Pakistan, Arabie saoudite ou même Afghanistan. Il ne fut pas besoin de l’arme nucléaire pour détruire ce dernier, où ils avaient pris le pouvoir. Tout militaire sait, le général Valentin (ancien gouverneur militaire de Paris) vient de l’écrire, que le nucléaire n’est pas pertinent en matière de terrorisme. La destruction des terroristes, de leurs repaires et de leurs instruments sera d’autant plus considérée comme légitime qu’elle fera peu de dégâts collatéraux. Elle appelle un effort considérable pour améliorer notre force en matière de renseignement, de frappe ponctuelle à longue distance, fût-elle classique, et de services spéciaux catégorie action : et, en même temps, notre aide à un vrai décollage économique local qui éloigne la population des pays concernés de la désespérance.
Vous écartez explicitement cette mission et annoncez la posture inverse, visant à menacer d’effets massifs les Etats où se cachent les terroristes. Or ils n’en peuvent mais. Cette posture, pour les pays sous-développés « à risque », et notamment les pays musulmans, ne peut-être interprétée que comme une menace générale à l’endroit de leurs sociétés entières dès l’instant que quelques terroristes s’y nichent. Elle ne peut en outre que nous attirer la réprobation générale de toute la communauté internationale, à la seule exception peut-être des Etats-Unis sous leur présente administration. Elle n’est en tout cas absolument d’aucune utilité dans la lutte contre le terrorisme d’aujourd’hui. Les dirigeants actuels des pays les plus infestés de terroristes, Pakistan et Arabie saoudite, se disent et se veulent amis de l’Occident. Comment allez-vous leur expliquer ce que vous venez de dire ?
Monsieur le président de la République, vous fûtes mal inspiré. Cette posture est inefficace et dangereuse. Le monde entier nous la reprochera, à juste titre. Il n’y a pas de honte à se dédire. On vous sait aussi, tout de même, capable d’actes de grandeur.
Vous avez là une occasion urgente.
MICHEL ROCARD










C’est vrai qu’il n’a pas tort Rocard sur ce coup là.
Le Nucléaire pour lutter contre le terrorisme est loin d’être la solution.
La réponse ultime, quand il s’agit de terrorisme nucléaire et de terrorisme étatique: pakistan, Inde, Iran, Corée du Nord…..
Pays armé de la bombe, et qui pourrait vouloir s’en servir… Est ce que cette déclaration n’est pas aussi un moyen de "dissuader" de l’utilisation d’arme de destruction "totale" (parce que le massif me parait la un euphémisme)
Monsieur Rocard, parle à juste titre du problème de prolifération, en le plaçant en première priorité, sauf que, et cela il le sait trés bien, la prolifération n’a pas commencé il y a quelques années, elle a eu 15 ans pour vivre, et en est plutot à la fin qu’au commencement…
L’importance de ceci étant que plusieurs groupes ou etats sont en possession de matières fissibles pouvant entrer dans la fabrication de bombe sale, et représentant maintenant l’une des plus grandes menaces terroriste… Sachant que ces groupuscules sont généralement plus que soutenu par un Etat bien identifié…
Maintenant, est ce que potentiellement la réponse nucléaire entre dans le champ des possibles d’un état dit "démocratique": non.
Ne soyons pas stupides, ce n’est pas un effet d’annonce qui va changer ce qui était. Nous disposons d’un arsenal nucléaire plus ou moins grand, toujours en activité (et qui ne pourrit pas de manière dangereuse), et qui n’a jamais vraiment été arrêté, et qui ne servira certainement jamais dans les 100 prochaines années, comme il n’a jamais servi dans les 50 dernières, du moins dans le cadre d’un conflit.
Parce qu’en effet, tout un peuple ne peut être tenu pour responsable des agissements de certains (quoique…) et donc ne mérite pas d’être "effacé"…
Toutefois, et c’est la je pense le premier des objectifs de cette déclaration, la France se replace maintenant dans la catégorie qui ne saurait permettre d’agression mondial ou de conflit nucléaire, malgré nos positions on ne peut plus pacifistes depuis ces dernières années…
Est ce que dire que nous avons un baton (ou plutot une grosse massue à la Nicky Larson) et que nous pourrions possiblement nous en servir, ne veut pas dire que nous allons nous en servir dans les prochaines années, ou que nous allons arrêter tout le travail diplomatique de pacifisme que nous avons essayé de pratiquer et de mettre en place (et je crois que l’épisode irakien était assez représentatif de cet esprit)…
Par contre, le fait d’abandonner certains types d’armement, de compétences techniques donc, et d’installations, est peut être un peut trop prématuré. Comme le dis M. Rocard, le Monde vient de connaitre une époque de désarmement et de résolution de paix sans précédent. Toutefois, ces mouvements pour la paix mis en place par beaucoup de pays, peuvent, et ont surement, été interprété comme des aveux de faiblesses par certains états "machistes" ne croyant qu’en la force d’une armée pour montrer la valeur d’un pays. Or, en ces temps houleux, il est peut être bon de montrer que nous savons manier le cataplasme (pas sur une jambe de bois bien sur) que le baton.
Pour conclure, Je crois avant tout que M. Rocard cherche de manière plus ou moins innocente à faire valoir ces pensées européennes de paix (ce qui l’honore) tout en jouant sur la corde sensible du "ne nous préparons pas pour la guerre s’il n’y en a pas" chers aux Français… A maintenant 15 mois des élections présidentielles, de la nomination d’un nouveau gouvernement (et donc de nouveau ministre si les socialistes l’emportent) est vraiment une déclaration de bonne foi d’un Homme qui a peur de l’escalade de la violence, ou un premier pas dans le placement d’un Homme politique encore vaillant, et extremement intelligent, mais trop souvent ignoré et qui aimerait finir sa carrière sur une note différente…
L’avenir nous le dira…
"Civis pacem, para bellum" :unsure
"Si vis pacem, para bellum" tu voulais dire non?
(Qui(si tu) veux la paix, prépare la guerre…)
Il me semble que c’est bien "Si Vis" et non pas "Civis".
Enfin bref, perso j’adhere…
J’ai essayé de faire l’intello, ça a foiré, bon ça peut arriver à tout le monde non?
Comme le disait Voltaire: "mangez des poils, ça arrache la gueule" (Voltaire ou Jean Roucas, ma mémoire flanche :mouais
fait chier ton truc anti spam, yom
j ai bien répondu à ta question à la con et mon texte n’est jamais apparu :nono
FR
J’en conclue donc que tu ne sais pas combien font 15-3
Dsl azrael, j’étais déçu de ne pas y avoir pensé en conclusion a ta place, donc je me suis petitement vengé…
Par contre j’en ai une nouvelles qui correspondrait trés bien à cette discussion:
"La Faiblesse est incitative, la Force dissuasive…"
A vous de me dire de qui c’est…
Le général de Gaulle ou Anny Cordy, mais forcément un des 2. C’est ça ou mon instinct m’a trahi.
"Il a dit ca ?" (A prononcer avec l’accent de J.Kerry
)
Et c’est raté pour notre concurrent vibrant…
C’était Donald R., cousin dévoyé de mickey qui joue avec des missiles et rigole avec des dictateurs avant de leur metre un couteau dans le dos…