Le virage à gauche de l’Amérique latine se confirme, avec une note féminine cette fois, après la victoire au Chili de la socialiste Michelle Bachelet, première femme à accéder à la fonction suprême dans ce pays andin qui se débat encore avec les séquelles de la dictature d’Augusto Pinochet. « Qui aurait dit, il y a dix, quinze ans, qu’une femme serait élue présidente! », a-t-elle lancée à ses milliers de partisans qui ont célébré chanté et dansé au son d’un orchestre à Santiago et ailleurs dans le pays. Après dépouillement de 97,5% des bulletins, elle obtenait 53,4% des voix, contre 46,5% au multimillionnaire de droite Sebastian Pinera.
La victoire de Michelle Bachelet, 54 ans, est aussi celle de la coalition de centre-gauche au pouvoir depuis la fin de la dictature du général Pinochet (1973-90). Le président sortant Ricardo Lagos, qui part avec une cote de popularité supérieure à 70%, a d’ailleurs salué la naissance d’un « nouveau Chili » avec la victoire « historique » d’une femme. Il a appelé la coalition à rester unie derrière sa successeure, ministre de la Santé (2000-02) puis de la Défense (2002-04), poste auquel cette fille de général mort en prison et elle-même torturée avec sa mère sous le régime Pinochet, s’est employée à réconcilier civils et militaires.
Devant ses sympathisants, elle s’est engagée dimanche soir à poursuivre la politique d’économie de marché qui a fait de l’économie du Chili l’une des plus fortes de la région, avec 6% de croissance. « Nous continuerons sur la même voie », a-t-elle assuré.
La future présidente, qui devrait prêter serment le 11 mars, n’est que la troisième femme directement élue à la présidence d’un pays d’Amérique latine, après Violeta Chamorro au Nicaragua (1990-97) et Mireya Moscoso au Panama (1999-2004). Mais elle, n’a pas suivi les traces d’un époux influent, bien au contraire. Pédiatre de formation, cette mère de trois enfants mariée deux fois va diriger un pays catholique de 16 millions d’habitants qui n’a légalisé le divorce qu’en 2004. « Femme, divorcée, socialiste, agnostique: tous les péchés réunis », plaisante-t-elle. De son expérience de prisonnière politique, elle parle peu, même si elle a reconnu dimanche que « la violence était entrée dans (sa) vie et avat détruit ce qu’(elle) aimai(t) ». Agée de 22 ans au moment du putsch de Pinochet contre Salvador Allende, elle s’est exilée en Australie puis en Allemagne de l’Est pendant cinq ans.
Mais Michelle Bachelet veut se tourner vers l’avenir. A l’annonce de sa victoire, elle a réaffirmé ses promesses électorales de réduire le chômage (8% de la population active), d’améliorer l’éducation, la santé et les retraites. « D’ici la fin de mon mandat en 2010, je m’engage à ce que nous ayons consolidé un système de protection sociale qui donnera aux Chiliens et à leur famille la tranquillité d’esprit d’avoir un emploi décent », a-t-elle déclaré.
Elle rejoindra dans les rangs des dirigeants d’Amérique latine des leaders de gauche tels que le Vénézuélien Hugo Chavez et le Bolivien Evo Morales récemment élu. Hugo Chavez a déclaré son admiration pour sa future homologue: « Je suis un très bon ami de Mme Bachelet, a-t-il dit, c’est une héroïne ». Le chef du gouvernement espagnol, le travailliste José Luis Zapatero, a également félicité la gagnante, de même que le président français de droite Jacques Chirac.
Quant au général Pinochet, âgé de 90 ans, il n’a guère suivi la campagne, selon son porte-parole, le général Guillermo Garin. Le Chili n’a pas encore soldé tous les comptes avec le vieux dictateur, qui pourrait être jugé pour violations des droits de l’Homme et corruption.
Source : AP









