Face à son mutisme persistant, on lui avait attribué diverses nationalités et un talent de pianiste classique à la hauteur d’un destin dramatique. D’où venait ce grand éphèbe blond découvert par la police, le 8 avril, errant sur une plage anglaise en costume sombre détrempé ? Qui se cachait derrière ce regard de clown blanc dont la détresse apparente fut relayée par les médias dans un gigantesque avis de recherche ? Après avoir alimenté rumeurs et fantasmes, le mystère de « l’homme au piano » s’est dégonflé lorsque, lundi 22 août, le ministère allemand des affaires étrangères a indiqué qu’il s’agissait d’un Bavarois de 20 ans qui s’en était retourné chez lui, comme si de rien n’était.
Le ministère s’est borné à préciser que l’identité du jeune homme avait été vérifiée par l’ambassade allemande à Londres et qu’on lui avait procuré des documents officiels. Un porte-parole d’un hôpital du Kent (sud-est de l’Angleterre), où le jeune homme était soigné, a confirmé que ce dernier avait quitté l’unité psychiatrique de l’établissement « après une nette amélioration de son état », sans préciser son identité ni le mal dont il souffrait. Depuis, de rares informations ont percé sur l’intéressé qui, selon le quotidien allemand Süddeutsche Zeitung, serait originaire de la commune de Waldmünchen, dans le sud du pays.
Le quotidien britannique Daily Mirror est le seul à fournir des détails sur cette affaire qui a passionné le Royaume-Uni depuis le 7 Avril et la découverte de l’errant sur une plage de galets de Sheerness, un petit port du Kent. Le journal raconte comment, le 19 août, l’infirmière de garde de l’hôpital lui a lancé, sur le ton de la plaisanterie : « Alors, vous allez nous dire qui vous êtes ? » « Je pense que c’est le moment de parler… », lui a-t-il répondu, à sa grande surprise. Et le mystérieux patient de raconter son histoire.
Celui qu’on a pris pour un musicien de rue français, un concertiste tchèque ou un étudiant irlandais serait le fils d’un agriculteur bavarois qui aurait travaillé à Paris comme garçon de café avant de perdre son emploi et d’avoir des problèmes avec la police. Il serait arrivé à Londres en Eurostar, à la gare de Waterloo. De là , il aurait pris un train pour Sheerness. En avril, les eaux de l’English Channel ne sont pas propices au suicide. La plus implacable volonté d’en finir résiste difficilement à la vérité des basses températures marines. L’homme, repéré par un bon Samaritain des sauvetages en mer, fut donc, interpellé par la police locale, conduit au poste et sauvé.

Les experts psychiatres, eux, concordaient. Il s’agissait, forcément, d’un «intellectuel autiste actif», dont les cordes vocales «pouvaient être paralysées par un cancer, une crise d’apoplexie ou le coup du lapin consécutif à une chute de bateau». D’où son incapacité à communiquer. L’hypothèse que l’inconnu pût être un fabulateur n’était pas envisagée.
En Allemagne, le jeune homme, qui se déclarerait homosexuel, aurait été aide-soignant dans un hôpital psychiatrique. Cette expérience lui aurait permis de jouer à la perfection à l’amnésique, et ce pendant quatre mois ! Pour empêcher la police de retrouver son identité, il avait arraché les étiquettes de ses vêtements.
Le Bavarois aux yeux bleus mélancoliques avait poussé la supercherie jusqu’à faire croire qu’il était un virtuose musical. S’il avait refusé d’écrire son nom, son croquis dans les moindres détails d’un piano à queue avait laissé croire à un artiste très doué. On l’assit devant un piano, d’où il tira, dit-on, les sons les plus harmonieux, se jouant des obstacles beethovéniens et des subtilités de Messiaen. Il n’aurait en réalité, selon le Daily Mirror, tapé que sur une seule touche, ce qui aurait suffi pour que le personnel soignant lâche à des journalistes (moyennant rémunération) : « C’est un génie. » Son signalement avait été envoyé à tous les grands orchestres européens…
L’inconnu, qui a regagné l’Allemagne, s’est bien diverti. Le piano dessiné ? «C’est la première idée qui m’est venue à l’esprit», a-t-il expliqué à ses soignants, selon le quotidien The Mirror. Son génie musical ? «Je ne joue pas si bien que cela», avoue-t-il. En fait de virtuosité, il s’est contenté de répéter la même note durant des heures. La légende de «Piano Man» s’est bâtie sur du vent que la presse a pris trop volontiers pour argent comptant. Un mea culpa ne messiérait point. Les autorités médicales britanniques examinent désormais la possibilité de réclamer, en justice, des dommages et intérêts au mystificateur.
Source : Lemonde.fr & Lefigaro.fr
Suites des articles du 22.05, du 29.05, du 01.06 et du 01.06
MDR ! joli coup.. je n’ai qu’une chose a dire : bravo ;D
La presse et sa désinformation!!! mais il faut bien vendre!!!