Culbuto Sarko vire à gauche…

Un coup à droite, un coup à gauche, en espérant que les électeurs des deux camps s’en souviendront en 2007. La stratégie politique de Nicolas Sarkozy varie au gré des sondages. Lesquels, depuis son retour au gouvernement début juin, indiquent qu’il est en train de décrocher parmi les sympathisants de gauche. Après avoir donné de nombreux gages à sa base électorale de droite ­ du «nettoyage au Kärcher» des quartiers difficiles à l’expulsion des squats insalubres à Paris ­, le président de l’UMP entend rééquilibrer un peu sa balance électorale.

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Dans un entretien accordé au Monde daté d’aujourd’hui, il se déclare favorable au vote des étrangers extra-communautaires aux élections locales. «Je considère qu’il ne serait pas anormal qu’un étranger en situation régulière, qui travaille, paie des impôts et réside depuis au moins dix ans en France, puisse voter aux élections municipales», explique-t-il, une position qu’il prend «à titre personnel», précision étonnante puisqu’il est numéro deux du gouvernement, justement en charge de ce sujet. Le droit de vote des étrangers est une vieille rengaine entonnée pour la première fois par le PS en 1981. Devenue unanime sur la question, la gauche n’a pas eu le courage de la mettre en place depuis.

Récolter. Avec cette déclaration, Sarkozy redonne un vernis humaniste à sa politique sécuritaire. Une posture renforcée par les réactions de la droite extrême qui n’a pas mis longtemps à populariser la nouvelle : «Avec Sarkozy, c’est la préférence étrangère qui s’installe au sommet de l’Etat», s’est indigné Philippe de Villiers (MPF). «Sarkozy représente une menace pour la République», a embrayé Bruno Mégret (MNR). En lâchant cette petite bombe sur le terrain de la gauche, comme il l’avait fait en 2003 avec la réforme de la double peine, Sarkozy se démarque donc de l’extrême droite dont il espère pourtant récolter les voix en 2007.

Mais la question du vote des étrangers divise aussi profondément la droite, jusqu’au proche entourage du président de l’UMP. Elle décontenance ses plus fidèles soutiens, comme le député UMP du Vaucluse, Thierry Mariani : «Autant je l’ai suivi sur la double peine, autant là, je pense qu’il faut être français pour avoir le droit de vote», explique-t-il. Le même ajoute que, de toute façon, la réforme constitutionnelle qu’exigerait le droit de vote des étrangers n’a aucune chance de passer sous cette mandature.

Dans ces conditions, le «débat» ouvert hier par le locataire de la place Beauvau ne restera qu’un coup de communication personnelle. Cette stratégie de recentrage en vue de la présidentielle explique d’autres petites reculades récentes du patron de l’UMP. Dans le Monde, il baisse ainsi d’un ton sur l’immigration en proposant de ne plus «reconduire les élèves à la frontière pendant l’année scolaire en cours». Histoire d’apaiser les polémiques qui ont suivi les récentes expulsions de lycéens étrangers.

Temporiser. De même, vendredi, lors d’un dîner de rupture du jeûne du ramadan à Colombes (Hauts-de-Seine), Sarkozy a regretté les «amalgames» que ses propos sur le «nettoyage au Kärcher» des cités ont pu susciter au détriment de la communauté musulmane. Enfin, hier, trois jours après avoir annoncé la création d’une «commission de réflexion juridique», il a temporisé sur la révision de la loi de 1905. Jusque-là partisan d’une réforme législative, il a assuré qu’il ne suggérait que de simples «aménagements» à cette «bonne et grande loi». Ou quand la tactique électorale vire à la godille.

Source : Libération.fr

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