Un procès pour un baiser…

Suchablog.comC’est en juillet que Sam Rindy, artiste d’origine cambodgienne, a déposé un baiser sur une toile de Cy Twombly exposée lors d’une collection à Avignon… Son baiser, dit elle, était une réaction « poussée par les Dieux » devant la beauté subjugante de la toile… Rien de grave me direz vous? Et bien si, puisque cette toile, appartenant à un tryptique de l’artiste américain, est estimé à pas moins de 2 Millions de $

Le baiser mortel en somme, puisque Sam Rindy est maintenant convoqué devant le tribunal correctionnel le 9 Octobre prochain, pour « dégradation » sur l’oeuvre… Oeuvre, qui par ailleurs est complétement blanche

Une blague pensez vous? Pas du tout !!! Les avocats de la partie civile comptent demander trois dédommagements: un pour la dégradation de l’œuvre, un pour l’atteinte à la réputation du musée et un dernier pour la non-prolongation de l’exposition jusqu’au mois d’octobre, qui pourrait être due au dépit de l’artiste américain. Un baiser qui risque donc de couter trés cher à l’artiste franco-cambodgienne, qui pourtant a refusé la comparution sur « reconnaissance préalable de culpabilité », soutenant: « J’assume mon acte. Cette toile blanche m’a inspirée. On me dit que c’est interdit de faire des choses pareilles, mais c’était totalement spontané »… Une artiste incomprise en somme…?

En attendant, on n’a jamais autant parlé de Cy Twombly, et la fréquentation de l’exposition a augmenté…

9 commentaires

  1. Un duel d’allumés en somme. Je n’ai jamais compris l’intérêt de faire une toile blanche et en plus de l’estimer à 2 millions de $ c’est grandement abusé !

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  2. C’est un peu abusé quand même…
    Justement, en art contemporain, faire une telle démarche est très intéressante! Mais bon, maintenant… fric fric fric!
    Dommage

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  3. Beaucoup d’aberrations dans le marché de l’art, notamment contemporain, mais tout ceci prend beaucoup plus de sens lorsque l’on sait que c’est aussi une énorme machine à blanchir l’argent sale !…
    LIRE par exemple : :prof
    http://www.les-renseignements-ge...

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  4. elle à déposer un baiser certes, mais tu oublies de dire qu’elle à laisser une marque de rouge à lèvre sur la toile, d’ou le procès !

    mais j’avoue que c’est n’imp

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  5. Quoi j’avais pas réagi à ce post ? ^^

    Peuh une toile blanche, pire que Malevitch et son carré noir et aussi le blanc sur fond blanc (2 "blancs" différents pour préciser).
    Plagiat de Twombly sur Malevitch d’ailleurs ?
    Sans compter qu’en fait il n’y avait pas de peinture mais il s’agissait juste du support brut (de la toile tendue donc)
    Summum de l’art sur le thème de l’épuration selon certains, mon oeil…
    2 Millions de $ y’a que ça qui compte semble t’il

    Sam Rindy, pas artiste (depuis quand juge t’on sur les ventes et non sur l’envie de créer et/ou d’être un créateur ?) selon ses (soi disant) confrères, semble avoir voulu faire passer le message (?) que la toile de Cy Twombly était moche et inutile et elle le prend (à raison) pour le con qu’il est en déclarant aimer sa toile.
    Mais les artistes haut perchés ne peuvent pas comprendre ça, seul le public d’en bas peux comprendre que l’art n’en sort pas grandi. Y’a qu’à voir la réaction outrée des rubriques artistiques et des artistes (ou prétendus tels).

    Il est où le sentiment artistique et non financier de Twombly pour ne pas faire cesser ce procès ridicule.
    Il aurait pu avoir une super réaction, fair play, artistique, que sais-je… mais non…

    Sam Rindy n’avouera jamais (enfin si elle le pense, pasqu’on ne sait jamais :whistle ) qu’elle trouvait cette toile vide et moche, mais vaux mieux pas vu ce qu’elle risque.

    Je me gausse d’ailleurs qu’on demande un dédommagement pour la réputation du musée, c’est d’un cynisme absolu, eux qui font tant d’entrées justement grâce à Sam

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  6. Immensurablement créatif ce baiser immaculé représente l’Amour transcendantal d’une profondeur Cambodgienne divinement consacrée d’un boudhhisme spirituel.
    Cette Oeuvre a plus que quintuplé, j’en propose 10 Millions de $. Veuillez prendre contact avec mon agent.

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  7. Jean de la Nuit 28 octobre 2007 à 16h07

    Nous sommes dans l’art contemporain. L’art contemporain comme son nom ne l’indique pas, ne se définit pas par une période historique. L’art contemporain a pour projet l’abandon des beaux arts, comme chose et comme idée. L’art contemporain c’est l’abandon de la définition de l’art comme maitrise d’un savoir faire. A partir de là on a l’apparition de l’artiste qui ne se définit plus comme possédant un métier. L’artiste ne se définit plus par la maîtrise d’un métier, d’un savoir faire. Dès lors se pose la question de savoir qui est artiste, et qu’est ce qu’une œuvre d’art puisque le critère du savoir-faire n’est plus valide ? Lorsque Bertrand Lavier fait monter par un socleur un parpaing sur socle est-ce une œuvre d’art ? Peut-on considérer qu’une épave d’Alpha Roméo vendue par Bertrand Lavier et achetée par le FRAC de Strasbourg soit une œuvre d’art ? Sur tout lorsque Lavier déclare que ces œuvres n’ont pas besoin de discours et qu’elles parlent d’elles-mêmes. Dès lors pour bien comprendre, il faut savoir que deux courants théoriques s’affrontent sur cette question. Pur les uns, dans la lignée de Danto et Dickie , un objet est considéré comme œuvre d’art si l’institution, le monde marchand de l’art, les « professionnels de l’art » reconnaissent que cet objet est une œuvre d’art et cet individu est un artiste. C’est la théorie institutionnelle de l’art. Mézil et les gens qui gravitent autour d’Yvon Lambert défendent cette conception. Un objet est de l’art s’il est situé dans le contexte de l’art, si on l’interprète d’un point de vue sociologique. Pour Dickie l’artiste est impliqué dans l’institutionnalisation de l’art. Dans cette perspective l’art ne doit assumer aucune position philosophique. Danto, évoque quant à lui l’art contemporain en parlant des arts de la perturbation, (qui rime avec masturbation). Pour Danto les musées font œuvre de civilisation en exposant par exemple les objets de Bertrand Lavier. Il s’agit de confiner le désordre.

    A cette première conception s’oppose l’idée que l’art est d’abord l’expression de la vie et qu’elle embrasse une activité philosophique. Dans cette perspective on trouve des textes tout à fait passionnant d’ Allan Kaprow. (Par exemple L’art et la vie confondue 1994). Allan Kaprow est l’inventeur du happening en 1955. Pour Kaprow Un happening est un évènement qui n’a lieu qu’une fois, et qui n’est pas reproductible. C’est tout à fait le cas du Baiser Rouge de Rindy. Par exemple les baiser à 5 frs d’Orlan, relèvent du guignol. Les artistes contemporains sont plein de doute. Ils se demandent quel art devrait exister. C’est précisément au nom de ce doute que Kaprow critique la théorie institutionnelle. Définir l’art par le contexte encadré nous rassure, sur le fait que ce qui est à l’intérieur est de l’art. C’est pour cela que Kossuth a pu dire que le happening est l’un des arts les plus responsables de notre temps, car il pose la question de la finalité de l’art. C’est en ce sens que le Baiser Rouge de Rindy est une œuvre grandiose car ce baiser pose par les nombreux débats suscités la question de la finalité de l’art de notre temps.

    Ainsi pour kaprow, ce que l’art a perdu en beauté, en dimension sensible, il doit le gagner en pensée. C’est par là que l’art prend en charge le questionnement philosophique. Seulement Kaprow met en garde il faut échapper à ce qu’il appelle la réification, la transformation en chose de cette instant de vie, par exemple le Baiser Rouge de Rindy. Ca veut dire qu’il ne faut pas transformer la liberté de l’artiste en métier. Sinon on sombre dans le spectacle on n’est plus dans la vie. Il faut comprendre Le happening comme une expérience existentielle. L’art de bien vivre. C’est du même mouvement que l’art perd sa nature d’activité en devenant intelligence morale.

    Dès lors il semble maintenant que cette deuxième conception tend à s’imposer. D’où un certain glissement. Dans cette affaire Yvon Lambert à tout à perdre à ne pas reconnaître la dimension artistique du geste de Rindy. Ce geste est unique. Ce geste n’est pas reproductible. Ce geste s’inscrit dans une conception défendue par Kaprow dont le centre Pompidou a rendu a un hommage soutenu en 1994.
    Sur un plan financier la toile ne valait rien par elle-même. Aujourd’hui, compte tenu de la publicité faite autour d’elle, et les débats qu’elle suscita, la toile présente un intérêt artistique incontestable. A Yvon Lambert d’inaugurer maintenant un geste grandiose : annoncer qu’il ne restaura pas la toile, qu’une pauvre artiste au RMI a embrassée pour avoir cru au pouvoir de l’art. Certes cela ridiculisera Eric Mézil, mais l’histoire se souviendra du geste inouï du marchand d’art qui authentifia la valeur artistique d’une œuvre en lui conférant une prospérité hors du commun. Si du reste, Yvon Lambert décidait d’exposer la toile de Cy embrassé par Rindy, il est fort à parier que de l’exposition connaîtrait un succès remarquable.

    Pour être tout a fait complet dans cette affaire certains ont joué leur rôle et d’autres pas.

    Ont joué leur rôle:

    1. La jeune artiste croyant au pouvoir de l’art et emportée par la flamme.

    2. Le directeur de la collection Eric Mézil dont le travail est de protéger les oeuvres et d’animer un lieu. De ce point de vue il a très bien tenu son rôle.

    3. Le marchand Yvon Lambert dont le travail est de gagner de l’argent, donc il réclame au procès deux millions d’euros, ce qui est en soi tout à fait concevable puisqu’il est marchand.

    Mais d’autres n’ont pas joué leur rôle.

    1. La restauratrice Barbara Blanc qui d’abord se présente comme une experte indépendante, ce qu’elle n’est pas puisqu’elle travaille exclusivement pour la maison Lambert, et qui estime la restauration de la toile à 33000 euros…, quand une estimation de restaurateurs spécialisés dans l’art contemporain issu de l’école d’Avignon table sur un montant de 1500 euros. Barbara Blanc a tenu un rôle qu’elle n’avait pas à tenir, du coup sa réputation en prend un coup.

    2. Les artistes comme Bertand Lavier et Barcelo qui ont soutenu la position de la maison Lambert. Erreur impardonnable de leur part. Eux qui ont construit leur carrière sur la scène de la provocation ont montré leur véritable visage, des inquisiteurs, des personnages sans aucune fibre artistique, et le néant de leur production apparaitra bientôt comme une évidence aux yeux de tous.

    Enfin dans cette affaire on a effectivement oublié une chose: que la toile était non peinte et non signée. Autrement dit on a oublié la singularité de l’objet en question. Or l’art n’est-il pas d’ouvrir sur la singularité de chaque chose?

    Le temps est venu de prendre de la hauteur. Aujourd’hui il n’y a qu’une solution c’est prôner la réconciliation. Yvon Lambert garde la toile, il reconnait que c’est un geste artistique, il la vend comme tel si le coeur lui en dit et les valeurs suprêmes de l’art sont sauvegardées. Sinon, la crise de confiance entre le public et l’art contemporain va s’aggraver. Et personne n’a intérêt à cela. Dans cette histoire, il faut être pragmatique, Yvon Lambert a tout à gagner à garder la toile avec ce bisous. Séverine vous n’avez pas lu ce que j’ai écris plus bas. Le Baiser de Rindy c’est un happening. Or un happening est un évènement unique, singulier qu’on ne peut pas reproduire. Cela n’a rien à voir avec le vandalisme du musée d’Orsay. Et vous le savez très bien. Qui parle encore de cette affaire d’Orsay? Dans cinquante ans on parera encore du baiser de Rindy. Cela dépasse largement ce que notre sens commun a l’habitude de considérer. Encore une fois, chacun a joué son rôle, ente gens viscéralement passionné par l’art. Mais dans cette histoire personne n’a intérêt que l’art soit attaqué. Il s’agit maintenant d’adopter une attitude responsable, et cesser de présenter le baiser de Rindy comme du vandalisme. Une position qui n’est vraiment plus défendable aujourd’hui. C’est le sens de l’histoire, qui dépasse largement le cas particulier de Rindy. L’art est amour, il faut revenir à ces fondamentaux. D’autant que pour une toile non peinte, il ne faut pas non plus exagérer le préjudice. Il faut bien comprendre que dans cette histoire il n’y aura ni gagnant ni perdant, il s’agit simplement de réconcilier le public avec l’art de son temps. Le temps est venu de s’aimer à nouveau.

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  8. Et nous avons donc le record du commentaire le plus long du monde de Suchablog…
    Si quelqu’un à le courage de le lire…

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  9. Jean de la Nuit 28 octobre 2007 à 18h34

    je suis désolé pour la longueur, mais c’est quand même important de préciser les choses dans leur rigueur. Et de temps en temps il faut savoir s’adresser à l’intelligence des internautes et à leur patience.

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