10 Bonnes raisons de dire NON à la loi Hadopi…

suchablog La loi Hadopi, rebaptisée « Loi Création et Internet », prévoit de mettre en place une Haute Autorité chargée d’avertir d’abord et de sanctionner ensuite les internautes qui ne respecteraient pas les droits d’auteur sur Internet. Selon un sondage réalisé récemment par l’industrie, 74 % des Français seraient favorables à ce système de riposte graduée plutôt qu’à la loi actuelle. Le site internet Numerama (précédemment Ratiatum) liste 10 raisons non exhaustives pour lesquelles il semble impératif de rejeter la loi Hadopi.

Prenez 5 minutes, lisez les 10 points ci-dessous et n’hésitez pas à nous faire savoir ce que vous en pensez de cette loi Hadopi…

1. Elle ne vise pas les pirates !
La loi ne sanctionne pas le fait de télécharger ou de mettre à disposition sans autorisation des oeuvres protégées par le droit d’auteur. Elle crée en fait un nouveau délit, le « fait, pour la personne titulaire d’un accès à des services de communication au public en ligne (un accès à Internet, ndlr), de ne pas veiller, de manière répétée, à ce que cet accès ne fasse pas l’objet d’une utilisation à des fins de reproduction, de représentation, de mise à disposition ou de communication au public d’oeuvres ou d’objets protégés par un droit d’auteur ou par un droit voisin sans l’autorisation des titulaires de droits lorsqu’elle est requise ». Or pour vérifier que l’abonné n’a pas « veillé » à ce que son accès ne soit pas utilisé pour pirater, la Haute Autorité ne pourra s’en remettre qu’à une seule présomption : le fait que l’accès a été en fait utilisé pour pirater. Peu importe que ça soit par l’abonné lui-même ou par ses enfants, son ex-compagne ou un voisin de passage. La loi crée donc une responsabilité du fait d’autrui qui serait une première dans le système juridique français. L’article 1384 du code civil prévoit bien la responsabilité du fait d’autrui, mais uniquement dans des cas où le tiers coupable est jugé incapable (les mineurs par exemple), ou est placé dans une situation de subordination par rapport à son responsable.

(les 9 autres raisons dans la suite de ce billet)

2. Elle crée une présomption irréfragable de culpabilité
La loi impose aux abonnés à Internet de protéger leur accès à Internet, par exemple en utilisant les moyens de filtrage proposés par leurs FAI, et dont la liste sera communiquée par la Haute Autorité. Mais comment un abonné qui a mis ces moyens de filtrage en place pourra-t-il prouver sa bonne foi s’il est accusé du contraire ? Comment prouver qu’à une heure donnée, un jour donné, le mécanisme de filtrage était bien activé sur l’ordinateur de l’accusé ? Ca n’est plus la présomption d’innocence qui préside, mais une présomption de culpabilité qui ne pourra en aucun cas être renversée. La loi Hadopi bafoue les droits de la défense en feignant d’ignorer que ces droits, dans les faits, ne pourront jamais être exercés.

3. Elle est déjà obsolète.
Puisqu’il n’est techniquement possible que de trouver l’adresse IP de ceux qui partagent les oeuvres et non de ceux qui les téléchargent depuis des serveurs distants, le projet de loi Hadopi ne vise de fait que le P2P dans son dispositif. Or aujourd’hui le piratage se produit au moins autant sur les serveurs de newsgroups et les sites de téléchargements et de stockage comme RapidShare, dont les utilisateurs sont mis à l’abri de toute procédure. De plus, les nouvelles générations de réseaux P2P sont conçues de façon à masquer l’adresse IP des utilisateurs qui partagent des fichiers, ou à ne pas pouvoir associer de façon certaine une adresse IP à un contenu partagé. Sachant qu’il est toujours politiquement beaucoup plus facile de créer une Autorité administrative que d’en démanteler une, est-il utile d’aggraver la charge publique par une énième Haute Autorité qui sera très rapidement incapable de travailler, ou de façon tellement anecdotique que son efficacité sera nulle ?

4. Elle interdit même le P2P légal.
Il n’existe et ne peut exister aucune base de données des oeuvres protégées par les droits d’auteurs. Donc le père de famille qui veut sécuriser son accès à Internet conformément aux obligations disposées par la loi Hadopi devra bloquer l’ensemble du P2P sur sa ligne, car aucun filtre ne pourra bloquer uniquement les téléchargements et uploads d’oeuvres protégées. De fait, c’est donc l’ensemble du P2P légal qui est mis au banc par le projet de loi. Il y a fort à parier qu’en plus, les FAI qui devront communiquer une liste d’outils de filtrages « efficaces » proposeront des outils qui bloquent automatiquement tous les logiciels d’échange comme eMule, BitTorrent et consorts.

5. Elle nécessite un fichage contraire à la jurisprudence de la CNIL
Pour mettre en oeuvre la riposte graduée, la Haute Autorité devra connaître l’historique des éventuels messages d’avertissement envoyés auparavant aux abonnés. Elle doit donc conserver les données d’infraction pendant une période longue. Si l’abonné est sanctionné par la suspension de son abonnement à Internet, son nom doit être inscrit pendant un an dans un registre communiqué aux fournisseurs d’accès à Internet, qui ont l’obligation de le consulter avant toute ouverture d’accès. Si le nom du client y figure, l’abonné ne peut pas s’inscrire. Or par le passé, la CNIL n’a autorisé ce type de fichage qu’à la condition expresse que le nom de la personne soit retiré dès lors que le dommage qu’il a causé est réparé (un remboursement d’impayé pour être retiré du fichage de la Banque de France, par exemple). Or ici, le fichage reste actif pendant un an, sans que l’abonné n’ait la possibilité de mettre fin au dommage qu’il a causé par sa négligence. On notera aussi que la conservation des données qu’implique la mise en oeuvre de la riposte graduée est équivalente à celle imposée aux FAI pour les besoins de la lutte contre le terrorisme. De quoi se poser des questions sur la proportionnalité du mécanisme au but poursuivi.

6. Elle crée une justice à deux vitesses, selon que vous serez puissant ou misérable.
La Haute Autorité chargée de mettre en oeuvre la riposte graduée avertira et sanctionnera les internautes qui ont partagé illégalement des oeuvres protégées par le droit d’auteur. Mais quelles oeuvres ? Elle n’agira que sur la base de relevés effectués par les ayant droits eux-mêmes, c’est-à-dire par ceux qui ont la puissance financière pour effectuer un contrôle et un relevé des adresses IP sur Internet pour protéger leurs oeuvres. En clair, les majors du disque et du cinéma. Les petits labels ou les artistes indépendants seront de fait exclu du mécanisme de défense de leurs droits prévu par la loi Hadopi, quand bien même leurs oeuvres seraient piratées massivement.

7. Elle encourage la politique de l’autruche.
Il suffit de regarder le contenu des accords de l’Elysée pour voir que les industries culturelles estiment qu’elles n’ont pas à améliorer l’attractivité de leurs offres légales tant que la riposte graduée prévue par la loi Hadopi n’est pas effective. C’est-à-dire, au mieux, pas avant le premier trimestre 2009. Et encore, en fait, bien après, puisque l’accord prévoit un délai d’un an à compter de la mise en oeuvre effective de la riposte graduée. Au moins si la loi Hadopi était rejetée, les industries culturelles se décideraient peut-être enfin à se donner un grand coup de pied dans le derrière pour proposer aux consommateurs ce qu’ils attendent. C’est la base de tout commerce.

8. Elle a été jugée contraire aux droits de l’Homme par le Parlement Européen
Comment, alors qu’elle sera présidente de l’Union Européenne, la France peut-elle ignorer une sanction aussi lourde du Parlement européen ? Le 10 avril 2008, les eurodéputés ont voté une résolution qui « invite la Commission et les États membres à éviter de prendre des mesures qui entrent en contradiction avec les libertés civiques et les droits de l’homme et avec les principes de proportionnalité, d’efficacité et de dissuasion, telles que l’interruption de l’accès à l’Internet. »

9. Elle ne sera pas plus efficace que la loi DADVSI votée il y a trois ans.
Nulle part au monde les tentatives de dissuasion et de répression n’ont fait baisser le nombre de contenus piratés et surtout n’ont fait grimpé le nombre de CD et DVD vendus. Dix ans après l’arrivée de Napster, il est peut-être temps de changer enfin de stratégie.

10. Elle coûtera extrêmement cher à mettre en oeuvre pour l’Etat
Lors des Assises du numérique, le président de l’Autorité de Régulation des Mesures Techniques et probable futur président de l’Hadopi s’est dit prêt à mettre en place « un processus de traitement automatisé permettant l’envoi de 10 000 messages d’avertissements par jour ». 10.000 messages par jours, ce sont 3,65 millions de messages par an. Pour les envoyer, il faut connaître l’adresse IP de l’abonné, et demander l’adresse e-mail correspondante au FAI. L’arrêté du 22 août 2006 pris en application de l’article R. 213-1 du code de procédure pénale prévoit que l’identification d’un abonné ADSL et de son fournisseur d’accès internet donne lieu à une indemnité forfaitaire de 8,50 euro par IP. Soit un coût global de 31 millions d’euros par an, auquel doivent s’ajouter les frais postaux d’envois de lettres en recommandé exigées au minimum lors du deuxième avertissement, les frais de relevés des infractions, les frais de conservation des données, et les frais de fonctionnement administratifs de la Haute Autorité. Pour que l’Hadopi ne creuse pas le déficit budgétaire de l’Etat, elle devra donc générer en retour au moins 31 millions d’euros de recettes fiscales chaque année par l’augmentation supposée des ventes sur les plateformes légales. Rapide calcul. Un MP3 vendu 0,99 euros sur Internet rapporte à l’Etat 16 centimes d’euros de TVA. Pour aller à l’équilibre, il faudrait que les Français achètent environ 194 millions de titres par an en plus de ceux qu’ils achètent déjà – ce qui suppose au passage qu’ils n’achètent pas sur iTunes, où la TVA bénéficie au Luxembourg. A titre de comparaison, les ventes de musique sur Internet en France au premier trimestre 2008 ont rapporté à l’industrie moins de 7 millions d’euros HT. On veut bien croire en faisant un effort à une augmentation des ventes consécutive à l’adoption de la loi Hadopi, mais à ce point ?

Article original => http://www.numerama.com/magazine/9854-10-bonnes-raisons-de-dire-NON-a-la-loi-Hadopi.html

7 commentaires

  1. Je suis Wallon….

    J’ai pôôôô envie de devenir Françaiiiiis :nono :sad :sad :sad

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  2. Je viens de faire une étude sur le téléchargement illégal à la manière de celle qui ont été faites pour prouver que le piratage a fait perdre 10 000 emplois, :prof alors mon étude : en 2008 les films les plus téléchargés ont été les films les plus vu au cinéma et acheté en DVD (les ch’tis, the dark knight), donc le téléchargement illégal fait augmenté les ventes de DVD et les places de cinéma, donc le piratage crée des emplois (sources, institut des morpions de mes coui….)

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  3. Beau résumé, qui prouve encore une fois que l’industrie du disque n’a rien compris aux attentes de ses clients … Et que l’état Français de Sarkozy se plie aux exigences farfelues des puissants de ce monde, sans ce soucier d’écraser le peuple. Le tout sous le regard incrédulens qui doivent vraiment se demander si les descendants des lumières ne sont pas tous partie s’exiler au Québec …

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  4. personnellement je telecharge trés peu a part quelque series dont le rythme de parution en vf me semble trop lent, pour la musique j’ai deezer…
    Les telechargements effectués sur ma machine n’ont qu’un role d’aperçu, car messieurs des majors (cine et musique) à 20E (en moyenne) le CD et 10E (tjr en moyenne)la place de cine
    il y en a marre de n’avoir que 2 titre valable sur un CD 15 pistes et de se rendre compte qu’en fait la quasi totalité de l’interet d’un film est contenue dans sa bande annonce…

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  5. Cet article (un peu redondant avec un autre publié il y a qq semaines) et les quelques commentaires qui vont avec m’énervent passablement. OK la loi Hadopi est mal pensée, elle répond à coté du problème, etc. Mais ce qui m’énerve c’est la manifeste mauvaise foi des internautes qui avancent des arguments très poussés d’ordres juridiques (au passage ça veut rien dire « la jurisprudence de la CNIL » puisque cette dernière n’est pas une juridiction, mais passons…) ou techniques, sans avouer qu’en réalité ils ne veulent qu’une chose : pouvoir continuer à piller les biens culturels sans être inquiétés. C’est humain, chacun défend son intérêt, je comprends. Mais si vous étiez un peu honnête, vous vous efforceriez de proposer, après la critique, une autre solution. Ce que vous vous gardez bien de faire car l’état actuel des choses semble vous convenir… Donc si je puis me permettre, j’aimerais aussi retaper cette rengaine : il faut aussi comprendre que le cinéma, la musique et les jeux vidéos ne sont pas gratuits à la production, donc c’est normal qu’ils ne soient pas gratuits à la vente! Après, c’est sûr que le prix actuel des CD, DVD et Blu-ray est trop élevé et que ça pose un problème. Sauf qu’en baissant les prix, la plupart de ces industries n’ont pas noté une hausse des ventes assez significatives pour maintenir cette politique de prix bas… Par ailleurs, si les prix sont restés élevés, ce n’est pas uniquement du fait des industries culturelles, mais aussi de la réglementation et des réseaux de distribution (le LME devrait permettre à ce sujet une amélioration, mais attendons de voir)… Pour en revenir au consommateur, en réalité il y a un bassin d’acheteurs limité, les autres ne veulent tout simplement pas payer. Alors quand le point n°7 parle d’attente des consommateurs ça me fait doucement rigoler, puisque de toute façon une bonne frange de ces consommateurs ne veulent plus payer, même à un prix plus bas, maintenant qu’ils ont gouté à la gratuité! Certains disent que ça fera les pieds aux majors qui sont des pompes à fric ; en attendant, les premiers à en souffrir sont loin d’être des puissances économiques. Le réseau de location vidéo, par exemple, risque de disparaitre très vite : le leader du marché, CPFK (Video Futur, CineBank…), étant en redressement judiciaire, si jamais la liquidation est prononcée, c’est tout le marché de la location qui s’effondre, car avec 55% de parts de marché, c’est effectivement CPFK qui tenait le marché à bout de bras. Donc vous inquiétez pas pour les majors, ils sont pas encore morts, par contre le petit vidéo-club du quartier va bientôt être à la rue. Donc si cette pratique est illégale c’est pas pour rien : elle constitue une réelle menace pour certaines professions.

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  6. Les artistes ne sont qu’un prétexte, le pire à venir:
    _la loppsi
    _Herisson

    Après çà, “Internet” ne sera qu’un kiosque Fnac.
    Ce Gvt rêve d’un internet d’Etat dans un seul pays

    Sur un ton plus “léger”: http://www.stanetdam.com/tag/loppsi/

    Pour vos nuits blanches: http://www.jmp.net/index.php/internet/dangers/257-apres-lhadopi-la-loppsi-lan-i-de-linternet-sans-majuscule

    Nous vivons une période intéressante, très, même.

    Bonnes lectures,
    Bon courage

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